"Bongu,
pendant une semaine, il faut y donner du pain trempé dans la goutte à
l'animal, pour donner du corps à la chair. Qu'ensuite, on le chope par
les oreilles et lui tient la tête au dessus d'un baquet. Bien sur, il
va criailler comme un cochon qu'on égorge. Alorsse, on aurait tort de
se gêner.
On
recueille le sang dans le baquet, d'où qu'on a enlevé le linge à
laver, on met du vinaigre dedans, et on envoie la Geneviève faire le
boudin et préparer la sanguette pour le brunch de dix heures, on n'est
pas que des culs-terreux!
Qu'après,
'cré vingt dieux, faut le 'bouillanter et lui raser les poils. Pis
t'envoies la Bernadette faire des brosses à dents pour vendre à la
ville. Bougre de con, c'est pas moi que j'irai me brosser le cul avec !
Tu
y enlèves la tripaille après, et t'envoies la Louison bien laver les
boyaux pour les manigances de tripoux et d'andouilles. Tu lui
recommandes bien de ne pas jeter le lisier, et de l'épandre dans le
potager. Tu coupes ensuite la queue, les pieds et les oreilles, et tu
les fais griller pour midi par la Denise.
After,
tu retires tout ce qui est mou, blanc ou marron, et tu recommandes à la
Marie de préparer une bonne terrine de pâté fermier avec tout ce
fourbis. Tu coupes le reste en morceaux, et t'appelles la Marcelle,
qu'elle foute bien du sel partout pour faire du lard et des jambonneaux.
Qu'il faut bien attendre trois mois avant d'en boulotter le premier
tranchiot.
Il
te reste alors la peau et la vessie. La première, t'en fabriques des
sacoches pour le vélo à la Manon. La deuxième, tu la gonfles, et, ou
tu la donnes à la Toinette pour jouer au ballon, ou tu demandes à la
Raymonde de l'accrocher à la porte de l'étable pour en faire une
lanterne. Que le premier qui prend ma lanterne pour une vessie, j'y z'y
bouffe la rate toute crute !
Ben
ouais, t'as besoin d'autant de bonnes femmes qu'un émir dans son
sérail, c'est comme çà la vie à la campagne. Chez ces fainéants
d'émirs, toutes ces femmes, c'est du gâchis, car ces sacrés
infidèles ne mangent jamais de cochon, 'cré nom de nom ! Foi de
Bastien ! Bougu de Bongu ! Alors, hein?"