Bien
avant l'aube de l'humanité, à cette époque farouche où les grands
vauriens régnaient en maîtres sur la planète, la tomate n'était pas
l'anodin et débonnaire légume que nous connaissons aujourd'hui.
Elle
appartenait à la famille des sangsues, et vivait dans les marécages
où elle se gorgeait du sang des farouches dinosaures venus faire
trempette. Son aspect rouge, rond et gorgé de jus, date de ces temps
farouches.
Avec
la disparition des dinosaures, que certains expliquent par une brusque
prolifération de la tomate, cette dernière dut adapter son mode vie
farouche pour assurer sa subsistance, et elle se mit à s'abreuver aux
sillons, que les guerres inter-tribales de la fin du paléolithique
farouche remplissaient de sang impur. C'est ainsi que la tomate devint
légume, et ne changea pas de statut jusqu'à une époque récente, où
elle devint extra-terrestre.
En
effet, le désir farouche de produire toujours plus, et tant pis si
c'est insipide et invendable, a conduit nos industriels nabuts à
développer la culture hors-sol. C'est à dire que les racines ne sont
plus dans la terre. Carrément. Dans des serres surchauffées, et
saturées d'humidité, les plants de tomates flottent en l'air, et se
nourrissent de rien, pourvu que ce soit chimique. Bien sur, elles
restent blanches et il faut ensuite les teinter pour leur donner un
aspect engageant, mais le procédé est économique.
Toutefois,
ce traitement à un effet curieux sur les légumes, qui semblent opérer
un retour à leur forme originelle sous l'influence de ce mode de
culture. A Marmande, on aurait vu de farouches tomates ramper sur les
vitres d'une serre. Dans certaines exploitations, les éleveurs n'osent
plus entrer dans les serres, car on a parlé de transmissions de
maladies farouches après des morsures de tomates.
Ces
phénomènes sont inquiétants. Bientôt, on ne pourra plus manger de
nouilles à la sauce tomate si l'on est végétarien, car on parle
également d'une régression de la nouille vers son stade serpentaire
originel et farouche.