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La
récolte d'ulva lactita
Ulva
lactita, ou laitue de mer, ou ulve, ou alguerie verte pleine de sable,
se ramasse dans les flaques que la mer découvre à marée basse. On
m'aurait dit qu'elle les découvre à marée haute, que j'en aurais
été un peu plus surpris, mais c'est comme cela que l'on s'exprime.
Elle
s'étale voluptueusement dans ces réservoirs d'eau tiède, berceaux
d'une vie insoupçonnée, notamment par les savoyards. En effet, la
Savoie est une contrée assez tranquille pour ce qui est des marées et
des flaques inhérentes.
Sous
les buissons de laitue de mer, il n'est pas rare de trouver une faune
tout aussi gluante que venimeuse. Contrairement à la laitue de terre,
elle n'attire pas de limaces ou de chenilles marines, mais toutes les
autres saloperies de méduses, anémones de mer, boudins de mer, et
diverses flasqueries urticairantes, s'y retrouvent, pour nuire au
cueilleur.
Le
récoltant d'ulve doit donc subir un entraînement spécial et porter
des gants. En particulier, il doit apprendre à imiter le bruit de la
marée montante, afin que les fauves qui hantent la mare confondent son
intrusion avec l'arrivée du jusant.
Des
éleveurs de flaques travaillent actuellement sur une solution visant à
adapter des lottes à la vie sous ulve, ce qui serait bien pratique pour
la recette ci-contre, d'autant que la lotte, irascible quand elle ne rit
pas, nous débarrasserait une fois pour toutes des gluanteries
insupportables évoquées ci-dessus.
Dans
un second temps, les mêmes chercheurs envisagent de remplacer l'eau de
mer des flaques par de l'eau de vie de cidre. Carrément.
Cette
solution, qui n'est encore que du domaine du projet -mais le progrès
est si rapide!- permettrait d'effectuer la recette ci-contre dans le
cadre bucolique d'un pique-nique : Il suffirait d'attendre la marée
basse, de mettre le feu à la flaque, et de déguster sur place.