|
Prendre
au moins un ingrédient dans chaque série ci dessous :
-
calamars, blancs de seiches, supions
-
homards, langoustes, gambas, langoustines
-
barbets, sardines, lisettes, chinchards
-
tranches de thon rouge, de mérou, d'espadon
-
tranches de saumon, flétan, ou tronçons d'anguille
huile
d'olive
gros
sel
poivre
blanc
whisky
fenouil
en branche
marjolaine
thym
laurier
céleri
en poudre
harissa
piment
de Cayenne
paprika
doux
ail
vin
blanc
persil
beurre
citron
laitue
ou batavia
oignon
jaune
tomates
pommes
de terre
CALAMARS
: les vider, mettre les tentacules en brochettes, et mariner dans de
l'huile d'olive et du laurier. Saupoudrer de gros sel au moment de poser
au dessus des braises. Griller à feu vif.
BLANCS
DE SEICHES : les pocher dans de l'eau frémissante légèrement salée
pendant une minute, procéder ensuite comme pour les calamars.
SUPIONS
: les vider et laver soigneusement sans détacher les tentacules (les
supions sont de petites seiches). Les mettre à mariner dans de l'huile
d'olive avec un peu d'ail et de persil broyés. Les enfiler sur des
brochettes et cuire comme les calamars, avec peu de gros sel toutefois.
HOMARDS
: choisir des petits homards bretons ou canadiens de 350 grammes
environ. Les couper en deux quand ils sont encore vivants, les enduire
de beurre et les poivrer. Griller à feu vif, de façon à les noircir
légèrement en surface, la chair devant rester ferme. Flamber au whisky
ou au cognac au moment de servir.
LANGOUSTES
: traiter comme le homard. Éviter la langouste de Cuba, de qualité
médiocre. Peuvent être flambées au rhum blanc plutôt qu'au whisky.
GAMBAS
: les fendre en deux sur toute la longueur de la queue. Mariner pendant
une demi-heure avec de l'huile d'olive, un trait de whisky, et du piment
de Cayenne. Griller à feu vif.
LANGOUSTINES
: les choisir suffisamment grosses pour être coupées en deux sur toute
leur longueur. Enduire de beurre fondu et saupoudrer d'un peu de paprika
doux. Griller doucement.
ROUGETS
BARBETS : choisir de véritables barbets de roche français (les rougets
dits du Sénégal sont bien moins fins). Les écailler soigneusement.
Les vrais amateurs ne les vident pas du tout. Les branchies donnent
cependant un goût amer, il faut les ôter. En revanche, préservez
soigneusement les foies, si vous les videz. Faire mariner environ une
demi-heure avec de l'huile d'olive, un peu de fenouil frais et de
marjolaine. Griller doucement.
SARDINES
: les vider et ôter les branchies. C'est nature qu'elles sont les
meilleures, simplement huilées et salées au gros sel au moment de les
placer sur les braises. Griller à feu vif et saupoudrer d'un peu de
persil haché au moment de servir.
LISETTES
: ces petits maquereaux doivent également être vidés et débarrassés
de leurs ouies. Faire sur leurs flancs une ou deux entailles au couteau,
dans le sens transversal. Placer une tige de fenouil assez épaisse dans
leur ventre, et griller à feu moyen.
CHINCHARDS
: prendre des pièces de taille suffisante pour en lever les filets.
Couper ces derniers en tronçons d'environ cinq centimètres. Les
poivrer et les saler légèrement, les huiler. Les fixer sur deux
brochettes, et les griller à feu moyen.
THON
ROUGE : mariner une bonne heure avec du jus de citron, de l'huile
d'olive, et une cuillerée à café de harissa par tranche de thon.
Mettre un peu d'origan en fin de cuisson. Griller à feu moyen en
badigeonnant souvent avec la marinade.
MÉROU
: mariner une heure les tranches dans de l'huile d'olive avec du poivre
noir et des graines de fenouil. Cuire comme le thon, et disposer
quelques graines de fenouil en fin de cuisson (deux minutes avant de
retirer du feu environ, sur chacune des faces)
ESPADON
: mariner une heure avec du beurre fondu, du vin blanc, des échalotes
hachées, et du poivre blanc. Cuire comme le thon.
SAUMON
: cuire des pavés avec leur peau, et non des darnes. Utiliser la
méthode "à l'unilatéral", décrite un peu plus loin.
FLÉTAN
: mariner dans de l'huile neutre (tournesol ou arachide) avec un peu de
céleri en poudre Faire griller à feu moyen. De temps à autres, mettre
sur les braises un peu de foin humide pour donner un goût de fumée.
ANGUILLE
: la vider, la dépouiller, la couper en tronçons de quatre à cinq
centimètres. Les faire mariner deux heures dans du vin rouge ou blanc,
avec des échalotes hachées et du poivre noir. Enfiler sur des
brochettes, et faire griller sans matière grasse.
Avec
le mixed-gril, présenter de petites pommes de terre en robe des champs
cuites à la vapeur, un bol de beurre fondu citronné, et un plat de
salade verte agrémentée de tranches de tomate et de rondelles
d'oignons.
L'idéal,
pour un mélange d'ingrédients et de préparations aussi divers, est de
trouver un vin qui fasse l'unanimité. Essayez pour voir, si vous en
trouvez, un blanc de Cassis, par exemple un "pur jus de
goutte". Prévoyez de nombreuses bouteilles, car c'est typiquement
le genre de vin que l'on ne peut cesser de boire à flots à partir du
second verre. Pas d'objection pour le Bellet blanc, les Côtes-de-Duras.
Un Pouilly-Fumé serait également très apprécié. Par ailleurs, les
portugais, qui sont de grands grilleurs de "mariscos", les
dégustent avec du Vinho Verde blanc, vin délicieusement frais et
parfumé, qui convient particulièrement bien aux plus chaudes
journées. |
-
Une
journée à la plage (Morin - Partie I)
Il
fallait voir le tableau. Ce jour-là, la famille Morin avait programmé
une journée à la plage. Soucieux de revenir aux valeurs saines du
contact avec la nature et tout çà, René Morin le chef de famille,
avait décidé que l'on n'amènerait rien pour se nourrir, sinon un
barbecue, de l'eau claire et des canettes de bière. Ginette Morin avait
hoché la tête, et s'était promise d'embarquer en douce quelques
paquets de biscottes, des boîtes de sardines à l'huile, des pommes et
la trousse de secours.
Les
deux enfants, Vanessa et Jordi, étaient ravis. On allait pêcher les
poissons, traquer les crabes et surprendre les coquillages ensablés.
Tout un fatras de cannes à pêche, haveneaux, crochets, harpons,
bêches, seaux et râteaux furent embarqués dans la petite voiture
familiale. Au moment du départ, le papa, se retournant pour en coller
une à Jordi, qui pinçait sa grande sœur à la poitrine, se piqua le
doigt avec un hameçon, et il fallu inciser pour extraire les perfides
ébarbures.
On
arriva enfin sur le parking de la plage, et on entreprit de débarquer
l'arsenal. Puis cahin-caha, la petite troupe dévala la dune et se
retrouva sur le sable fin, quoique farci aux tessons de bouteilles et au
mazout.
Un
coin stratégique fut trouvé, assez venté pour attiser les braises, et
assez isolé pour ne pas faire de jaloux. Une fois les papiers roses et
les truffes des sables enlevées, l'endroit était parfait.
Vanessa
et sa mère furent chargées de ramasser du bois et des plantes
aromatiques pour assurer la cuisson du butin que les deux mâles
rapporteraient à la tribu. Les deux pêcheurs s'en allèrent donc,
ployant sous le poids de leur matériel.
"Jordi
! Veux-tu creuser le sable pour me trouver des vers" Le petit
s'empara de la bêche, et commença à creuser avec ardeur. Il poussa
tout à coup un cri de douleur : "Je m'ai fait mal avec la bêche
!"
"Petit
con" dit le père, "Donnes-moi cet outil, et va donc chercher
des crabes et des coquillages dans les rochers là-bas". Et il
reprit l'activité vermicide de son rejeton. Las, il eut beau déplacer
des mètres cubes de sable, il n'obtint pas le moindre morceau de
mouche, ou de vermisseau utilisable pour leurrer les poissons, qui
devaient pulluler à quelques mètres de la plage.
Ne
se décourageant pas, il se résolu à attraper des crevettes qui
fourniraient des esches très acceptables. Las encore, la marée était
mal lunée, et il ne prit que des monceaux de goémon et quelques
poissons-chats, qu'il n'osait pas toucher, car ils avaient l'air
venimeux, et sournois de surcroît.
De
guerre lasse, et de fort mauvaise humeur, il alla rejoindre son fiston,
qu'il trouva assis sur un rocher noir, en train de pleurnicher. Bien
entendu, son seau était vide. "C'est tout ce que tu as foutu
?" interrogea le paternel mécontent. A quoi le mioche répliqua
qu'il s'était coincé les doigts sous un rocher, et qu'il voulait bien
rentrer à la maison. Il reçu donc une taloche, et son père l'invita
fermement à l'aider à prendre des crabes.
Une
organisation tayloriste se mit en marche, le grand soulevant les
rochers, et le petit tachant d'attraper tout ce qui ressemblait de près
ou de loin à un crabe. Évidemment, au premier crabe vert qu'il put
saisir, il se fit cruellement pincer entre l'index et le majeur, et
relâcha sa proie, qui s'empressa de se dissimuler habilement sous un
énorme rocher. René Morin saisit l'occasion pour imprimer l'empreinte
de sa botte de caoutchouc sur la culotte en éponge de son rejeton :
"Et tâches de faire plus attention !"
Le
petit Jordi finit par saisir un crustacé presque aussi grand qu'une
pièce de cinq francs. Le paternel le lui enleva des mains, et entreprit
méthodiquement de lui arracher les pattes. Le gamin prit un air sombre,
car il détestait que l'on fit du mal aux animaux. Le père, par contre,
tenait son appât. Il recommanda à son fils d'utiliser une pierre
tranchante pour décoller des patelles des rochers, puis d'aller
l'attendre à côté du barbecue.
Une
demie-heure passa, et René Morin revint, très mécontent. Il avait
accroché tous ses hameçons sur les fonds rocheux, cassé douze fois
son fil, et finalement, tout embrouillé. Bref, il n'avait rien pris. De
plus, il avait eu une vive altercation avec un plongeur sous-marin.
Les
femmes n'étaient pas rentrées de la corvée de bois. Le petit quant à
lui, avait deux patelles pour toute provende dans son seau, mais avait
dû les conquérir de haute lutte, car les jointures de sa main droite
étaient en sang. Morin piqua une crise de rage et s'acharna sur les
doigts de son fils qu'il massacra à grands coups de canne à pêche.
Puis,
un tantinet calmé, il se pencha sur le panier à pique-nique et
s'empara d'une bière, qu'il s'enfila d'un trait. Puis il s'allongea sur
le sable en rotant, et ferma les yeux en se demandant ce qu'il allait
bouffer.
Le
petit Jordi, qui avait repris son air sombre, saisit alors à deux mains
le gros cailloux pointu qui l'avait assisté dans sa pénible cueillette
de patelles. Il s'approcha doucement de son père, et lui planta de
toutes ses forces le caillou dans le front. C'est ainsi que mourut René
Morin.
Le
gamin s'empressa de creuser un grand trou dans le sable, pour enterrer
son père, comme ils s'amusaient parfois à le faire pour de rire sur la
plage, les heureux jours où il y avait du jambon et des tomates à
manger. Il plaça également la canne à pêche dans la fosse. Par
dessus la sépulture, il construisit un château de sable, qu'il décora
avec des galets, et des bigorneaux de toutes les couleurs.
Lorsque
sa mère revint, chargée de quelques planches, elle demanda "Où
est passé ton père ?" A quoi Jordi indiqua sans se troubler
"qu'il était parti dans la mer prendre des poissons". Les
secours furent alertés, mais le corps ne fut jamais retrouvé.
Personne
ne songea à regarder sous le château de sable, où les puces de mer
faisaient bombance. On regretta l'imprudence de ces pêcheurs du
Dimanche qui ne devraient jamais se détourner des poissons carrés,
panés et surgelés.
Le
temps a passé, et le petit Jordi est devenu un grand alpiniste. Il ne
va jamais plus à la mer, et ne mange que de la viande bien cuite.
|